Des flammes pour la couleuvre
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MessageSujet: Des flammes pour la couleuvre Jeu 31 Mai - 23:56

   
   
   
   
   
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☾ Des flammes pour la couleuvre ☽

   


Les bûches s’effondrent dans la cheminée en un légers fracas. Happées par le monstre de flammes, ses crocs acérés déchiquettent le bois, craquant l’écorce, déchirait les méristèmes, buvant la sève à pleine goutte. Un fin crépitement s’échappe au loin de la cheminée, témoin d’un meurtre passionné. Combien de temps la bûche pourra-t-elle survivre au sein de cet enfer de feu ? Une fois consumée, ses cendres s’étaleront dans le bas-fond de l’édifice, et finiront jetés à la rue au détour d’un quartier. Et l’ancien combustible sera remplacé, par un nouveau tout aussi peu armé et préparé à l’affrontement. Cruels hommes qui sacrifient des troupes pour leur seul bienfait, indignes généraux bien trop intéressés. Le cercle de la guerre, ainsi usité. Engraisser toujours plus le bûcher, pour ne jamais cesser de brûler. En observant du coin de l’œil ce spectacle abominable, tu ne peux empêcher ton esprit de divaguer un instant. Tu imagines, au milieu de la place publique, une immense potence enflammée, réservée à ces vicieuses créatures qui peuplent le ciel. Que ce serait exquis, que de vor s’envoler en poussières un peuple entier. Le feu purge les âmes, et élimines les saletés. Le feu, c’est la rédemption. Toi, le souverain des démons, tu viens de la terre du Feu, et tes forges s’agitent à fabriquer des armes pour remplir tes réserves. Il n’est jamais de trop d’assurer ses stocks, dirait un bon marchand.

Reposant contre le bord du bureau d’ébène ton dernier rapport économique, tu déplies une enveloppe de papier. Marquée du sceau d’un autre grand souverain infernal, tu arraches le repliement supérieur et le jette au feu. Puis d’un geste sec, tu laisses glisser la lettre hors de son étui sur la console. Le seigneur Talos, maître des terres de l’Ouest, te revendique dans une longue missive sa fidélité. Une lueur de stratégie traverse tes prunelles d’agate, tandis que tu ranges le message dans le premier tiroir à ta disposition. Là, une pile méticuleusement rangée de billets conservés te supplie de leur offrir la liberté. Mais sans pitié, tu refermes la poignée, enfermant à jamais tes prisonnières dans une prison boisée. Te penchant sur la droite, tu constates un dernier rapport à consulter. Ecrite à l’encre rouge, l’indication urgent recouvre le haut de la pochette cartonnée. En général, tu ne laisses jamais tes messagers jouer avec les mots. Une précision de la sorte ne peut être abus inadéquat. En soupirant, tu défais l’emballage, et extirpe un parchemin manuscrit.

Rapport de mission du lieutenant JOUKOV :  

Votre Excellence,

Vos troupes ont repris des mains de la vermine le bastion du Puit de Souffre, où pullulait les infidèles créatures au service de la Tarentule. Nous comptons parmi nos rangs cent blessés, et trente-quatre décès. Chez l’ennemi, les punitions mortelles s’élèvent à deux-cent-quatre-vingt, dont trente prisonniers. Nous avons suivi votre stratégie, et elle s’est montrée encore une fois ingénieuse. L’attaque fut si rapide que les félons n’eurent le temps de riposter. Comme vous l’aviez ordonné, les enfants ont été épargnés. Désormais, nous nous dirigeons vers la colline de Fer, afin de détruire l’avant-poste de l’araignée. Quels sont vos ordres concernant la prochaine offensive ?

En l’attente de vos conseils avisés, je vous prie votre Excellence, d’accepter mon fidèle respect, et ma sincère admiration. Gloire au Dragon !

Lieutenant Joukov


Tes traits se tiraillent à peine, et une expression de satisfaction s'ancre dans tes iris dorées. Un travail effectué dans les temps, selon les modalités exigées et avec des résultats à la hauteur de tes attentes. Ce lieutenant sera récompensé comme il se doit dès son retour. Des hommes de sa trempe, il en manque dans cette ville où tu croupis, pour jour après jour imaginer des plans. Tu dois mettre fin à la domination d'Isabel. Ton entrevue musclée deux mois auparavant te laisses un goût amer sous la langue. Comme une pomme acide croquée trop vite. Tu repenses aux évènements, serrant les poings de colère rien qu'à l'image de la cape de sable balayant les dalles de marbre de la cité. Un échec, au moins partagé par les deux camps. Or un échec reste un échec, et donc par extension intolérable. L'envie de venir frapper directement à la porte de la trainée te hante chaque jour qui s'écoule un peu plus. Tu te retiens, ajoutant méditation et lecture à tes soirées au temple. Du moins, quand celles-ci ne sont pas interrompues par des fouineuses un peu trop dévergondées.

Dehors il fait nuit, tu te dois d'allumer une bougie supplémentaire. Tu pioches dans un bac proche de la bibliothèque une bûche et la dépose dans l'antre de la bête. Tu contemples la langue de braise lécher la cellulose du bois, laissant sur son passage sa bave brûlante. Puis soudainement, elle l’engouffre entièrement sans prévenir. Son hoquet crépitant reprend de plus belle, et tu retournes t'asseoir. T'armant de ta plume et de ton encrier, tu commences la lettre de réponse à ton soldat. La tactique militaire est déjà murement réfléchie depuis plusieurs jours, à toi de la décrire avec précision.

Tu entames déjà les courbes des premières lettres, quand tu t'immobilises. Un frisson parcourt ta nuque, et descend le long de ta colonne vertébrale, chatouillant de ses doigts nerveux tes épines. Une aura, une puissante aura est perceptible. Kâa s’agite dans ton dos, secouant de toute ses forces sa cascabelle. Le glas funeste annonce l’arrivée d’une personnalité non désirée. Reconnaissable entre mille, la demoiselle en approche ose faire l’affront de poser ses pieds en cette ville ? Puis tu te ravises, comprenant le subterfuge. Un picotement dans ta cage thoracique, un pincement au niveau du genou, un tiraillement contre les lombaires, rien ne peut te tromper. Derrière le costume animiste est dissimulée une créature dont la présence en ces lieux ne t’avait pas manquée. Tu peux ressentir ses mouvements, bercés par la lumière lunaire au dehors. Tu perçois sa colère, son aura crépusculaire vibre. Inconsciemment, ton aura serpentine s’agite, et longe le sol en direction de la porte. Plus elle se rapproche, plus ses pas lourds résonnent depuis l’escalier. Kâa est en émois, madame est rentrée. Ses yeux reptiliens tentent par tous les moyens de regarder à travers la serrure, et sa langue scindée tâte les vibrations auréiques alentour.

La porte s’ouvre, et une ombre pénètre ton bureau. Sans un bruit, le bois se referme. Immédiatement, Kâa s’enroule autour de la visiteuse, manifestant la joie de son retour en glissant contre son corps satiné. Tu ne lèves pas la tête, impassible, les globes oculaires rivés contre la copie. Tu rappelles à tes pieds le cobra, qui se couche sur le ventre en dessous du bureau. Face à toi, dans le plus grand des silences, se tient debout la deuxième démone la plus célèbre des Enfers. Ta chère vipère, ta chère seconde. Hannah. Cache ta joie Dragon, tu ne sembles pas particulièrement enjoué de la retrouver. Ton expression ne se déride pas d'un pouce, tandis que ta voix caverneuse s'élève dans la pièce.

     
Il me semblait t'avoir ordonné de toquer et de demander la permission avant d'entrer.  Je suppose que c'est encore de trop pour toi, Hannathème ?

   

   
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MessageSujet: Re: Des flammes pour la couleuvre Ven 15 Juin - 14:55

 
 
   
   
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Silencieusement, la démone pénètre l'intimité de ton bureau. Ouvrant la porte du bout des doigts, elle se glisse au sein de la pièce, envahissant un peu plus ton espace vital si cher à tes yeux. Son aura végète, étrangement tranquille, laissant la tienne dominer le jeu des retrouvailles. Surprenant. Qu'en est-il ? Elle qui d'habitude exprime avec frivolité exacerbée ses sentiments, se perd dans des tirades extravagantes interminables, joue une comédie ennuyeuse à souhait. A la perfection, elle incarne l'immonde Antigone de la tragédie de Sophocle. Encore faudrait-il que ta seconde n'ait acceptée de lire cette œuvre : la lecture est une passion mettant à l'épreuve ses capacités intellectuelles. Accablée, faussement écœurée, la démone languit généralement de malheur en prenant les spectateurs à témoins, espérant trouver réplique cinglante à se mettre sous la dent. Sauf que non, à cet instant précis où la Lune caresse de sa pâleur scintillante sa peau, son corps reste immobile, au pied de la porte. Qu'attend-elle ? Elle ne croit tout de même pas imaginer quelconque marque de conversation de ta part ? Pas le genre du Dragon. Le Dragon est glacial ; il est imperturbable. La présence de la démone indique à elle seule l'exécution correcte des fauteurs de trouble. Ta tolérance suffit à honorer la réussite de la mission. Pas question de l'accueillir en héroïne, ni de lui jeter le susucre en caressant d'une main son pelage flamboyant. Un adulte digne de ce nom n'attend rien en retour, il n'est pas animal de compagnie à récompenser.

Toujours aucun geste. Tu sens par dessus ton nez cerclé d'une paire de lunettes noires que le visage de ta chère seconde est perdu sur ta personne. Tu soupires intérieurement. Quel est cet air de chien débile qu'elle arbore ? Décidément, elle n'est dans la meilleure des conditions ce soir. A force de jongler avec les fioles de poisons, les toxines finissent par déteindre sur leur créateur. Qui sait quelle substance n'a-t-elle pas ingéré ? Cela ne t'étonnerait guère. Parfois, cette femme agit dans un illogisme qui te dépasse. Tu ne comprends pas toujours le fonctionnement de ses deux neurones enflammées, même au bout de deux siècles de vie commune. Hannathème continue de te réserver des surprises. Trop souvent désagréables ces surprises. Comme en ce moment même. Elle doit préparer quelque chose, mijotant en secret son plan diabolique pour porter tes nerfs à rude épreuve.

Sa passivité, son inactivité commence à t'agacer. Bouge enfin, plutôt que de rester à attendre. Ta main tremblote, empêchant tes phalanges de former des lettres lisibles et bien construites. Son aura agitée contraste avec ses membres inactifs, traduisant une puissante émotion. Cette sensation distord son épiderme, et l'expression de son visage est indéchiffrable. Quelque chose ne tourne pas rond avec cette femelle, illustrant les créatures de sa gente. Toi qui pensait profiter d'un petit peu de repos loin de ses colères spectaculaires, tu dois te rendre à l'évidence : elle est de retour, et avec elle s'envole tout espoir de vie paisible. Quel gâchis. Elle ne t'avait pas manqué.

Tes mots résonnent en avertissement. Puis plus un bruit. Après le calme, la Tempête, dit le vieil adage populaire. Les flammes de l'Enfers s'apprêtent à se déchainer. L'aura de ta seconde jaillit comme un volcan, éclaboussant les meubles, les murs et le sol tout juste nettoyé. Kâa, ton aura serpentine, remue sa cascabelle en signe d'approbation : la violence est son péché mignon. Aux quatre coins du palais, l'effroi se manifeste. Tu peux imaginer tes domestiques se réfugier transis de peur dans les sous-sols, craignant pour leur propre vie. Un conflit entre deux bêtes sauvages est plus terrifiant que la mort. Mettez des étincelles sur un tas de bois immense, et le brasier éclatant ravagera les terres. Écaille contre écaille, crachat de venin contre souffle de flammes ; l'heure du glas sonne dans ta demeure.  

   
Tu ne m'ordonnes rien, tu me conseilles tout au mieux. J'ai voulu entrer, je suis entrée, ça s'arrête là, sans aucune remarque de ta part.




Tu lâches ta plume. Elle se cogne contre le bois de ton bureau, avant de rouler jusqu'au sol. Elle renverse sur son sillon l'encrier, déversant sur tes feuilles son liquide noir indélébile. Tu soupires bruyamment. Trop beau, trop beau pour être vrai. Personne ne peut changer le démon lorsqu'il est barricadé dans sa propre personnalité. Elle recommence ces petits manèges qui ont le don de te mettre hors de toi. Non, ce n'est pas ce que tu es Hannathème, tu es une emmerdeuse de première. Ses caprices à la noix, ses pétages de plomb insensés, ses foutus crises de colère. Ton bureau, lieu de paix, est conquis par l'expression d'une gamine pré-pubère en manque d’existence. Pourquoi faut-il toujours qu'elle cherche à se faire remarquer celle-la ? Ne peut-elle pas comme tout adulte qui se respecte, attendre sagement devant une porte le signal avant d'entrer ? Est-ce trop de demander le respect d'une intimité ? Tu as mentis. Tu pensais tenir plus de deux minutes sans t'énerver. Raté il semblerait. Tu es déjà plus qu'agacé.

Tes yeux fixent un point invisible en direction du meuble, tentant par toutes tes forces de calmer la rage sourde qui s'éveille depuis tes entrailles. Réaction épidermique, paroles anesthésiques, poings extatiques. Ta seconde provoque dans ton organisme des successions de vagues de froid et de chaleur, marquant à la fois l'endormissement du calme suprême qui t'habite, et l'appel de la colère devant cette créature qui se croit tout permis. Non, rien ni personne ne pourra jamais l'autoriser à agir à sa guise sans ton approbation, parce qu'elle est ta seconde, parce qu'elle est sous tes ordres. Milles et une missions, milles et un succès, milles et une batailles, rien ne pourra jamais justifier un manque à tes lois. Tu as toujours le dernier mot, peu importe le contexte. Le roi, c'est toi. Si c'est non, alors c'est non. Et personne ne mérite d'avoir à y redire.

En toi, une voix caverneuse s'époumone. Tes muscles subissent des contractions incontrôlables, et tu grinces des dents pour éviter de te lever, et d'en coller une droite à cette putain d'enquiquineuse. Tu es incapable de ne pas partir au quart de tour avec elle, c'est comme de l'huile jetée sur un feu. Tes poings se serrent, tandis qu'Hannathème s'envole dans des tirades vides de sens et maintes fois répétées. Ces reproches, tu les as déjà entendu, tu les connais par cœur. Et tu détestes avoir à te répéter. Ton sang corrompu claque contre les parois de tes artères. La bile noire récupère son territoire sanguin. Les cris, la voix tiraillée insupportable de la démone t'exaspèrent. Tu sens au plus profond du palais les auras des domestiques se blottir et se rétrécir au maximum pour disparaître.

Évidemment. Pour terminer en beauté sa réplique d'acteur déchiré, la vipère se poste devant toi, frappant violemment la console et braquant dans ton regard d'agate le sien d'émeraude. Le jaune et le vert, deux couleurs incompatibles et non complémentaires. Palette du peintre : mélangez du jaune et du bleu pour faire du vert. Machine de l'éclairagiste : combinez du vert avec du rouge pour faire du jaune. Selon le disque chromatique sélectionné, le constat est opposé. Cependant toujours l'une des couleurs est à la base de l'autre. Reste à savoir quel est le disque à accepter. Cette fois s'en est trop, elle dépasse les bornes de loin. Si elle veut que tu puisses la respecter, alors elle doit se soumettre à ton autorité. Plus elle te défiera, plus tu la remettra à sa place. Tu n'es guère à une leçon de hiérarchie de plus ou de moins.

Tes prunelles dorées soutiennent l'ardeur de la démone, et dans tes iris se lit toute la violence et la colère qui sont maintenues enchainées en toi. Elles ne demandent qu'à se délivrer, et à exploser en un champignon mortel. Ton aura est déployée dans sa longueur, et le corps écailleux de Kâa reflète les rayons lumineux dans toutes les directions. Sa langue cisaillée lèche et bave sur ta seconde. Il aime tellement la violence, il n'oserait se priver de son repas favoris. Un fin pont expressionniste se déploie entre vos deux cornées, et les éclairs de vos volontés s'affrontent d’œil à œil. Elle ne lâchera rien, et toi non plus.

C'est terminé ? Lorsque je te demande quelque chose, tu ne discutes pas. Le respect est une valeur qui ne semble toujours pas acquise. Tu te calmes, et tu baisses d'un ton. J'ai du travail.


Tandis que ta voix grave infernale s'exprime, ta main gauche, issue de ton bras tatoué, enserre le poignet gauche de la démone. Tu ne comptes pas diminuer ton étreinte, tant que le calme ne règnera pas à nouveau dans ton bureau. Les fauteurs de troubles, ils vont dehors s'ils ne veulent pas cesser leurs enfantillages. Quitte à les mettre à la porte à coups de pied ou de lame. Tu l'as entendu Hannathème ? Ferme la et ne joue pas avec moi.
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MessageSujet: Re: Des flammes pour la couleuvre Ven 14 Sep - 16:06

 
 
   
   
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Tes yeux d’agate décrivent un chemin sinueux, observant du coin du regard l’encre continuer de couler. Elle empêtre le bureau, tâche d’autres rapports, et vient lécher le sol pour le corrompre de sa teinte funèbre. Des heures de travail perdues, à cause d’une petite effrontée. Tu vas devoir tout recommencer, perdre une après-midi entière à réécrire des textes déjà terminés. Recopier, page après page, des lignes indigestes, pour le simple plaisir administratif. Déjà que tu hais devoir gérer toute cette vulgaire paperasse qui t’emmerde au plus point. Cette encre de chine est son venin, et à défaut de mordre, elle crache sur ton titre, sur tes responsabilités. Elle t’empoisonne la vie par des paroles acides, et des provocations toujours plus déplacées. Et maintenant mieux, elle vient jusqu’à souiller ton propre lieu de travail. Tes prunelles vibrent de colère, tu ne laisseras certainement pas passer un tel affront. Et crois-le Hannathème, lorsque le Dragon émet serment, il tient toujours ses promesses.

Ton sang commence à bouillir, et tes artères se gonflent de flux. Tu sens tes capillaires se dilater sous l’adrénaline, et la bile de tes ancêtre jaillir dans tes organes. La fièvre, la délicieuse fièvre de la haine qui se propage dans ton organisme et brûle tes os. Pourquoi en faut-il si peu avec elle pour te monter au créneau ? Après deux mois sans guerre ni échanges infernaux, se retrouver face à elle est un sanguinaire tableau. Ta patience atteint ses limites, et un autre de tes soldats serait mort de trouille à en faire dans son pantalon. La Vipère ne fléchira pas via les mots, il lui faut des gestes, de la violence. Comme si donner des coups à cette femme la faisait jouir de plaisir. Une masochiste, c’est tout ce qu’elle est, à sans cesse venir te chercher misère. Tu aimes être battue Hannathème ? Pas de problème, le méchant Dragon ne se retiendra pas. Elle lance les hostilités, à elle d’en payer les conséquences.

Cette coopération centenaire est toxique depuis son inauguration, et c’est bien ce qui en fait sa force. Quand deux joyaux se battent pour s’inscrire sur une couronne, il est évident que des dégâts sont à déplorer. Mais toi, tu as assez de lui laisser s’échapper, de devoir encore et toujours la même chose répéter. Une infâme rengaine qui te met hors de toi, et commence sérieusement à te cogner les nerfs. Pourquoi ne peut-elle pas sagement rester à sa place, et continuer de travailler sans toujours te mépriser. Pire qu’une crise d’adolescence, tu n’es pas son père merdre ! Il est grand temps qu’elle se prenne en main, et que quelqu’un lui inflige une correction. Encore une, une de plus, mais cette fois tu ne vas pas la louper, ni même te retenir. Tu espère bien la marquer, à vie si possible, pour lui rappeler que jouer avec le Dragon, c’est se lancer dans une partie perdue d’avance. On ne gagne jamais face au Roi, il peut continuer de manger des pièces une fois que son armée est tombée. Oui, et tu vas la manger. A coup de poing, de pied, de ceintures, de bois, ou de rein s’il le faut.

Tu n’as pas le droit de la toucher ? Alors qu’elle courre dans les bars pour se laisser tripoter par tous les mâles sur son passage, quelle hypocrisie. Madame veut tout contrôler, espère faire de toi son jouet, mais les choses ne vont pas dans ce sens. Parce qu’il n’existe qu’un seul chef, qu’un seul mâle alpha s’il faut employer les termes animaux. Et le roi, le boss ici, c’est toi. Et tu ne laisseras personne, pas même ta seconde, te marcher sur les pieds. Tu commences à te répéter, à qui la faute tu te le demandes bien.

Au contact de tes mains sur sa peau, tu sens son épiderme frisonner, se crisper. Ses yeux émettent des éclairs, et sa bouche dégouline de poison. Son aura se dégage dans la pièce, si bientôt personne n’ouvre de fenêtre, c’est l’asphyxie assurée. Les jambes de la rousse se jettent vers l’arrière, et dans un basculement rapide viennent s’abattre sur toi, fracassant ta peau contre l’ébène de ton bureau. Tu entends du coin de l’oreille un craquement. Ton sang ne fait qu’un tour, la douleur n’a pas le temps de se déclencher, tant la colère est immense. Si elle casse ton bureau, tu la casses en deux. Ce meuble, tu l’as dessiné de tes mains, tu es le réalisateur des plans, et tu les as donné en main propre à ton ébéniste de référence. Il faut des mois pour obtenir un tel objet. C’est toujours comme cela avec elle, tu ne peux jamais lui laisser des affaires, si tu ne veux pas les retrouver en morceaux. Et cette garce arrive encore à s’étonner que tu lui interdis l’accès à tes espaces vitaux ? Bordel, quand est-ce que ses deux neurones se bougeront ? A ce niveau, c’est du dysfonctionnent génétique, tu n’as pas d’autres explications.

Puis vient le frisson. Sentir si proche de tes poignets le tissu de ses vêtements serrés, et à travers eux la chaleur de son corps flamboyant ne te laisses pas indemne. Position très inconfortable pour la demoiselle, qui t’offre son corps en visuel. Tel le sacrifice au seigneur, après cette prise qu’elle imaginait spectaculaire, elle est en difficulté. Tes prunelles dorées détaillent la rousseur volcanique de sa chevelure, les reflets émeraude de ses iris, le hâle exotique de son visage, les courbes généreuses de sa poitrine, de ses hanches, et plus bas encore de ses cuisses. De la viande, brûlante, presque cuite. Où as-tu la tête Dragon ? Cette saleté réveille en toi des instincts primaires et des bassesses que tu t’évertues depuis tes origines à canaliser. Il est la le problème, elle te rend vile et pur démon, elle fait de toi l’abomination qui compose ta nature. Elle éveille ta noirceur.

 
Maintenant, je te conseille de lâcher, petite queue.


Parce qu’elle croit que tu écoutes ses conseils ? Au contraire, tu ne désires que resserrer ton étreinte, lui faire supplier de la lâcher. Les insultes ne marchent pas sur toi, la provocation est terminée. Tes tympans sont fermés à ses fréquences, tu n’as plus envie de l’entendre. Du moins, si, tu veux l’entendre hurler. A s’en briser les cordes vocales. Ou bien tu les arrachera toi même ? Au moins elle ne pourra plus t’importuner. Kâa, ta fidèle aura serpentine frétille, ses capteurs de chaleur sont en effervescence. Le reptile s’agite, glisse avec ferveur sur le sol, et grandit pour de sa longue queue enrouler la nuque de la démone. Petite queue hein, c’est la seule remarque qui te venait à l’esprit. Attaquer si bassement la fierté d’un homme, c’est ridicule. Est-ce que cela marche ? Peut-être un peu, mais pas suffisamment pour lui accorder le crédit de la réussite. Elle oublie que sans toi, elle n’est rien.

Elle, toi, et votre rage. Vous êtes si proches, si différents, et pourtant si unis. Tu te relèves de ton bureau, ignorant la constriction autour de ton bras, et tes yeux radient de violence. Ton bras gauche est entravé, très bien mais il te reste le droit. Sans douceur, ta main gauche agrippe le pantalon en cuir de la rousse, et tu tires vers toi. Approchant son entrejambe de l’autre bord du bureau, et laissant son crâne claquer contre l’extrémité du bureau. Tu contractes tes muscles, et ta supériorité en force te donnes le plaisir de ne pas te tordre le bras pour ta prochaine attaque. Parce qu’au lieu de lâcher le tissus, tu empoignes sa cuisse avec fermeté, pour forcer un relâchement de son poids, et ainsi te donner l’occasion nécessaire pour frapper. Ton bras droit, s’élève brutalement et vient alourdir la gorge de ta belle seconde. Il est important de préciser que tes phalanges s’étendent sur les côtés, pour glisser au derrière de son cou, et soulever son visage. En position, tes doigts compriment sa peau, et ses veines. Elle ne vas pas s’évanouir, elle aura juste un peu mal, et des difficultés à s’exprimer. C’est de cette manière qu’on attrape des reptiles, en comprimant leur gorge pour les empêcher de cracher. Tout le poids de ton corps désormais s’effondre sur celui de ta seconde, et la distance entre vos pupilles ardentes diminue.

   
Si tu veux du respect de ma part, apprends à entretenir ta hiérarchie. Maintenant, je te conseille de te calmer, petite rousse. Ou tu auras à faire à moi. Et crois moi, ça tu ne le veux pas.


Tu voulais de la domination Hannathème, c’est cadeau.

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